Merci Valérie de m'avoir autorisée à publier ta lettre-réponse à Causette.
Chère Causette,
Je voulais tout d'abord te dire combien j'ai aimé l'article «la vulve du bout des lèvres» du Causette du 28 juin dernier. J'ai pu y reconnaître la vulve de ma jeunesse que je regardais le soir avec un petit miroir et une lampe de poche, très secrètement car pas encore sûre que j'avais le droit de le faire.... Puis je l'ai pris ce droit et j'attendais coquinement mes rdv nocturnes avec elle. Je la trouvais à la fois curieuse, attirante, fascinante : une des plus belles rencontres avec moi-même!
Et puis quelque chose à changé la face de ma vulve à jamais, la cicatrice est là pour me le rappeler. A la naissance de ma fille la sage-femme a appliqué le «protocole» en vigueur et a coupé avec des ciseaux (comme pour la moitié des femmes qui ont accouché par voie basse en France cette année là, soit plus de 300 000 femmes) une incision, grande comme la moitié de mon doigt, en bas de mon vagin vers la gauche. Je me souviendrais toujours du bruit, comme si elle coupait à travers un bout épais de caoutchouc et de la sensation qui encore aujourd'hui me donne des hauts-le-coeur. Je ne parlerai pas des conséquences que cela a eu sur ma vie sexuelle, et puis si je vais le faire, ça a été terriblement triste. Une fois la «cicatrisation» faite je n'osais toujours pas toucher cette partie de moi, j'en avais peur, c'est comme si ce petit espace en bas à gauche de ma vulve n'était plus à moi, il était méconnaissable. Je m'en suis éloignée, et j'en ai éloigné mon compagnon pendant longtemps, près de deux ans. Nous ne nous en sommes jamais remis.
Je l'ai mise de côté pendant tout ce temps là, ma vulve balafrée et puis au fil des ans je l'ai re-apprivoisée. Combien d'autres comme elle? Me viennent alors à l'esprit ces centaines de milliers de vulves, elles aussi, chaque année, coupées, recousues et balafrées, parfois plusieurs fois, certaines qui se sont infectées, qui ont «mal» cicatrisé, ou qui ont été si mal recousues qu'il a fallut les recouper pour mieux les recoudre, et celles qui n'ont jamais vraiment pu reprendre une vie sexuelle ...
Ce dont on parle encore moins, c'est que le coup de ciseau peut aussi atteindre une partie de notre clitoris, notre clitoris magnifique qui ne se confine pas uniquement à ce petit capuchon perché tout là-haut. Cet organe majestueux, si beau qui entoure et parcoure délicieusement les dessous de notre vulve et l'entrée de notre vagin. Je te joins une illustration de cette plante magnifique dont une partie elle aussi est sectionnée lorsque les ciseaux appliquent au moment de l'accouchement ce geste médical que l'on sait à présent inutile et nocif.
En calculant, à la louche, depuis que ma fille est née en 1989, au moins 7 millions de femmes (300 000 femmes x 23 ans) ont eu en France leur vulve, vagin et clitoris coupés inutilement pour «raison médicale» ce qui officiellement n'en fait pas une mutilation sexuelle.
S'il te plait Causette pense à ces vulves la prochaine fois que tu fais un article sur notre foufoune chérie pour que toutes les Causettes puissent se reconnaître!
Valérie

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